Subtilités Naturalistes...
Trois thématiques naturalistes pour approcher les secrets d'un vivant montagnard. Charognage en bande organisée ; De la Daphné Lauréolée au Loup-Garou ; Abrégé de la Marmotte Pyrénéenne.
Charognage en bande organisée
La mortalité dans le règne sauvage montagnard est un facteur de régulation absolu. Les conditions de survie dépendent d’une saisonnalité qui rythme les fonctions fondamentales animales, c’est-à-dire, se nourrir, se reproduire, et se défendre.
Une carcasse providentielle améliorera le régime alimentaire et obligera la plupart des carnivores, mais aussi des omnivores opportunistes, à « charogner » par nécessité. Ainsi, autour d’une dépouille ou bien d’un animal mort récemment, s’organise une « chaîne trophique » qui orchestre l’équarrissage de chaque partie consommable.
L’avifaune qui maîtrise l’espace aérien est la plus réactive, les Corvidés (Geais, Corbeaux, Chocards) prélèvent les parties gélatineuses : œil et langue.
Hiérarchiquement le Milan Noir s’impose pour s’attaquer aux parties nobles : les plans musculaires.
Vient le tour du Vautour Fauve qui d’abord éviscère la dépouille et cherche à la déplacer par gravité dans la pente pour mieux la démembrer et consommer les connexions anatomiques (ligaments et tendons).
En ordre croissant, par taille, s’invitent discrètement à la curée, tous les mammifères en quête dans le secteur : Belette, Hermine, Martres, Blaireaux et Renard.
Ours et Sanglier vont prélever sur les restes, en s’appropriant de plein droit la carcasse. Coutumiers du fait, ils prospectent activement au printemps les fronts de coulées d’avalanches pour en « charogner » les victimes potentielles.
Pour finaliser la curée, le Gypaète Barbu sélectionnera les restes osseux longiformes pour en consommer les éclisses de l’os brisé, après son largage sur des affleurements rocheux. Le gosier élastique de l’oiseau lui permettra d’absorber les parties les plus effilées. Ses sucs digestifs puissants, vont dissoudre la matière afin de synthétiser l’ostéon (cellule osseuse mère), nécessaire aux besoins nutritifs de l’animal.
A ce niveau de prélèvement, la dépouille est quasiment éliminée, seule la peau débarrassée de son pelage ou plumage, sera à terme détruite par les décomposeurs, qui en redistribueront la matière organique reconditionnée dans le sol.
Cette « chaîne trophique » de circonstance, démontre la synergie entre les espèces et leur complémentarité, illustrant à merveille la notion de biodiversité.
«De la Daphné Lauréole au Loup-Garou…»
« Notre répertoire floristique à disposition, représente cet aspect de l’ethnobotanique qui détermine le lien entre un usage alimentaire, matériel, médicinal, économique et la croyance populaire, que nous entretenons avec une plante.
Cette relation étroite entre l’homme et ce végétal civilisateur, porte en sa mémoire une part de notre histoire. Le Chêne reste le fidèle accompagnateur de nos civilisations d’Europe Occidentale, d’usage fondamental dans, la construction de par son imputrescibilité, et dans les processus de tannerie, de par sa concentration tannique. Ses fruits, les glands, ont toujours garanti ressource abondante à nos sociétés agropastorales. Il symbolise cette puissance noble éternelle, qui nous protège de notre potentiel déclin.
Les variétés de Saules, à qui l’on doit art et technique de la vannerie, et son usage thérapeutique, de par ses qualités fébrifuges ; Le Millepertuis, Hypéricum ou Herbe de la Saint Jean, et son pouvoir antioxydant, sont un infime exemple de cette culture du végétal, gardienne bienveillante de notre espèce humaine.
La Daphné Lauréole, identifiable par l’odeur de poivron que dégage ses feuilles, lorsqu’on les déchire, fut largement utilisée dans nos vallées, pour la confection de cordage, de par la caractéristique fibreuse de sa tige. Cette Daphné Laureola et sa proche cousine, Daphné Mézéréum, à la toxicité avérée, appartenant à la famille des Thymulacés, jouit surtout, depuis l’Antiquité d’une réputation radicale en termes d’usage médical. En effet la préparation d’un onguent avec ses baies noires, que la plante produit entre Août et Septembre, appelé le Garou, contribue à éradiquer infections résistantes et drainer plaies purulentes. Son principe actif neurotoxique peut garantir un effet létal, quand la concentration est importante.
Ainsi face à la menace épidémique de la Rage, connue depuis l’antiquité en Asie et Occident, dont le vecteur d’origine serait la chauve-souris, cette maladie véhiculée du Nord de l’Europe par le Renard Polaire dès le XIII° siècle en Allemagne, ce toxique basique était l’unique réponse prophylactique de circonstance. Ce poison archaïque, contribua largement à la destruction des populations de loups en Europe et du chien errant.
La peur de l’animal enragé et de toute sa symbolique démoniaque, retrancha l’inconscient collectif dans une crainte de représailles de la part de l’espèce canine.
Aussi l’imaginaire social définira une icône terrifiante, associant l’homme et la bête, assoiffée de vengeance les jours de pleine lune : le Loup-Garou…
Abrégé de la Marmotte Pyrénéenne
Aux alentours de moins quatre-vingt mille ans dans un Paléolithique Supérieur conditionné par une alternance de périodes glaciaires et de réchauffements, la marmotte vit en plaine et représente la base du régime alimentaire des chasseurs-cueilleurs qui vont l’éradiquer de la zone Sub-Pyrénéenne.
Re-introduite en 1948 dans la vallée du Barrada près de Pragnères, par le docteur Paul Couturier vétérinaire à Luz Saint Sauveur, la marmotte se rééduque aux terrains Pyrénéens pour aujourd’hui coloniser les deux versants de la chaîne et stabiliser sa population autour de 70 000 individus.
Ce Sciuridé (Écureuil, Castor, Ragondin…) s’acclimate aux étages subalpins et se fixe la plupart du temps sur les pelouses où affleurent éboulis et blocs. Sa mobilité orbitale est son unique moyen de défense contre ses prédateurs exclusifs que sont l’aigle et le renard.
C’est au printemps que cet hibernant est le plus vulnérable, les déplacements dans la neige lourde aux abords des terriers deviennent aléatoires et exposés aux attaques potentielles et aux coulées d’avalanche.
En effet les transformations physiques imposées par la mécanique d’hibernation entraînent perte de poids et fonte musculaire de plus d’un tiers de la masse. Les performances physiologiques sont remarquables en affichant une température corporelle à 12°C, une fréquence ventilatoire de l’ordre de 2 mouvements par minute pour 10 battements cardiaques.
Ce « coma » hivernal est préparé entre printemps et automne, conjointement à l’urgente fonction reproductive. Le stock de graisse nécessaire est issu d’une surconsommation de graminées dont les protéines végétales sont synthétisées en lipides par une surexposition au soleil, catalyseur de cette biochimie spécifique.
Les pariades de fin Avril débouchent sur une gestation d’environ 8 semaines pour une mise bas début Juillet. L’organisation sociale s’articule autour de la protection des marmottons et de l’ensemble de la colonie.
La fonction du guetteur en singulière posture du « chandelier » est d’alerter la communauté du danger imminent, en lançant son cri strident.
Animal fouisseur par excellence, les journées sont occupées, outre au sur-broutage, à aménager et optimiser les terriers, à la fois refuge d’urgence et futurs quartiers d’hivers.
Propre à l’espèce, la fin de la croissance dentaire des incisives, outil fondamental pour le prélèvement, signifie la fin proche de l’animal, qui ne pouvant plus se suffire à lui-même, sera parfois sacrifié par la colonie.