Pic du Montious Face S "Voie Classique" D 175m 5b/c max ; Iban et Pierre Albero le 30 oct 2025
En termes d’orographie, le versant S du Montious abrite un enchevêtrement d’affleurements rocheux de différents volumes et hauteurs, entre 2050 m et 2171 m. Quand on possède l’âme "grimpeuse du quadrumane", cet entrelac attise une certaine curiosité, et une fois sur site l’évidence morphologique, prend la forme d’une invitation à le découvrir.
Ce sommet désaxé au N de la haute chaîne, est une interface entre la vallée du Louron et celle ce Bareille. Il prolonge au NW la dorsale principale qui s’étire plein N sur 25 km, depuis le col de Peyresourde 1570 m jusqu’au pic de la Picarre 1368 m dans la vallée de Nistos. À partir du pic du Lion 2102 m, l’arête se dévie sur une courte distance projetant les trois éminences du Montious, respectivement, les points, 2171 m, 2173 m et 2159 m.
Cette Montagne est un objectif de choix en termes de randonnée pédestre, proposant le décor sur puissant de la haute chaîne axiale comme toile de fond. Depuis le Port de Balès sa "voie royale" utilise un cheminement en crête somptueux, via le Mont Né 2147 m, la crête de Téchouède 2002 m, la Hourgue de la Fousserette 2072 m, le sommet Déres Hèches 2084 m, le Pic du Lion 2102 m et son col éponyme 2031 m, le sommet du Tech 2138 m, le Jambet 2121 m ; on peut moissonner ainsi, une couronne de sommets dépassant les 2000 m jusqu’au Pic du Montious.
Son versant Méridional est couru régulièrement en ski de randonnée depuis Cazaux-Dessus 1289 m, offrant aux skieurs l’amplitude de vastes pales herbeuses jusqu’à la piste forestière de Balencous. Son opposé, le versant septentrional présente un caractère plus austère et un couvert forestier conséquent. Sa descente impose une importante session forestière obligeant à une lecture du terrain plus exigeante.
Sur son versant NE il abrite le célèbre lac glaciaire aux trois toponymes, "Bareille", "Bordères" ou "Lastié" 1767 m. Sa facilité d’accès et sa haute teneur esthétique en ont fait une proie facile pour une forme de surtourisme. Aussi, afin de contrer cette dérive, la zone est depuis 2020 sanctuarisée en réserve naturelle. La piste depuis Bareille qui n’offrait que 45min de marche pour profiter de ses attributs paysagers, est désormais fermée à la circulation.
Cette Réserve Naturelle du Montious préserve sur 739 hectares, plusieurs habitats montagnards spécifiques abritant quelques endémismes. Milieux, forestiers, de landes et de pelouses, humides, rupestres et aquatiques hébergent des raretés tels, Desman, Cingle Plongeur, Scrofulaire, Ramonde des Pyrénées, Potamot, Odonates, Chiroptères, Lépidoptères et Orthoptères. Ces patrimoines faunistiques, floristiques et entomologiques d’exception offrent 633 espèces aux naturalistes de tous bords.
En termes d’orographie, le versant S du Montious abrite un enchevêtrement d’affleurements rocheux de différents volumes et hauteurs, entre 2050 m et 2171 m. Quand on possède l’âme "grimpeuse du quadrumane", cet entrelac attise une certaine curiosité, et une fois sur site l’évidence morphologique, prend la forme d’une invitation à le découvrir.
Cette fin octobre 2025 en plein délices chromatiques automnaux, nous avons parcouru avec mon fils, une ligne, aux bons vouloir de nos inspirations, que nous nommerons "Voie Classique", mettant à profit le côté droit de la partie haute. Cette course se présente comme un enchaînement logique et ludique de ces motifs qui se superposent et se juxtaposent. On choisit de faits son cheminement au grès des envies, en faisant de courtes liaisons de marche entre les ressauts.
La partie basse du versant offre un gabbro (roche volcanique plutonique) de bonne facture offrant de fines préhensions. Celui-ci va céder la place au plutonisme granitique dès que l’on s’élève dans le versant, imposant une fissuration plus géométrique. La qualité de ce granite est irréprochable. Il faut composer dans certaines sections avec un lichen conséquent et un couvert végétal où domine la busserole, le genévrier et la bruyère.
La composante morphologique offre, dalles, dièdres, courtes arêtes et empilement de blocs. De quoi stimuler la créativité et le répertoire gestuel alpinistique. Nous avons enchaîné un développé conséquent d’escalade pure, avoisinant les 175 m, sur un versant certes composite, mais oh combien attractif… On peut aisément comparer cette implantation et la démarche à "l’Arête des Triangles" au Caroux, à "Los Mundos de Edéna" à Cavallers, à "Intégral 2 de 9 amb Folre i Manilla" au Tossal de Miravet à Pont de Suert, ou aux "Jardins de Salanère" dans le sous-bassement du pic de l’Escalette. Ces voies offrent des enchaînements de ressauts justifiant leur parcours et leur bien fondé.
J’ai proposé dans mon topo, un fractionnement en 7 longueurs, fidèle à notre exploration. On peut établir des relais sur de courtes longueurs, afin d’effectuer un assurage et une communication optimale avec son coéquipier. Une corde simple de 30 m, un jeu de "friends", de coinceurs et des sangles suffisent à sécuriser la progression. Seule la première longueur est difficilement protégeable, tant la compacité du gabbro offre peu de possibilités de pose de protections. La cinquième longueur nécessiterait un pitonnage, la fissuration ne se prête pas à l’utilisation d’ancrages extractibles. Il se peut que dans un avenir proche, je pose quelques goujons dans ces deux sections spécifiques.
Les possibilités de combinaisons restent évidentes, aux vues du potentiel de la face. L’axe central et la gauche de la partie haute reste à être prospecter à leur tour. Il se peut que ce versant ai reçu d’autres visites précédant la nôtre. N’ayant trouvais aucunes publications à ce sujet, je m’autorise à divulguer ce topo, en ne revendiquant aucune paternité.
Deux approches sont possibles. L’une s’effectuera par le port de Balès 1755 m, le port de Pierrefitte 1857 m, le lac de Bareille 1767 m, le vallon de l’Erm jusqu’au col côté 2095 m. De ce point on descend à vue dans le versant S du Montious d’une cinquantaine de mètre de dénivelé pour localiser le premier ressaut sur la droite. Pour cette option, compter 450 m de dénivelé positif, 200 m négatif, pour environ 1h45. L’autre alternative sera au départ de Cazaux-Dessus dans le Louron à 1289 m, via la piste forestière de Balencous et le ruisseau d’Oueil Ardoun que l’on remonte à vue jusqu’aux abords de la face S du Montious. On dénivelle sur 760 m pour un horaire avoisinant les deux heures.
Pyrénéisme confidentiel et émotions esthétiques dans la rencontre avec cette Montagne discrète. L’architecture est modeste, ici point de murailles monumentales, ou une forteresse imprenable, nous ne sommes pas face à une orographie de l’ampleur d’un Néouvielle, d’un Ramougn, nous sommes au cœur d’une poésie minérale redimensionnée, un "château dans le ciel" que seul les "collectionneurs" épris d’innovations, peuvent légitimer. Eloigné des secteurs courus et sur fréquentés, si le montagnard que vous êtes, pactise avec une certaine misanthropie, et si de plus, vous affectionnez les décors de "matins du monde", alors, cette course mérite le détour.