Maih de Garbies 960 m / « Amandine s’Illumine… » 155 m ; D ; 5c+ max / Vallée de la Barousse / Sost / Pierre Albero septembre 2026

Activités :
Catégories : suppléments du topoguide, récits
Type d'article : individuel (CC by-nc-nd)
Contributeur : Albero Pierre

Il est d’usage chez les montagnards de figer le nom et la mémoire d’un être remarquable dans le roc.
Le Mailh de Garbies reste oublié des instances de l’IGN. Seul une partie de la population de Sost le désigne, et en connais l’emplacement.

L’étoile Amandine, s’est illuminée dans la nuit du 17 août 2026. Cette incandescence éternelle éclaire depuis, le ciel nocturne de nos Montagnes…

Amandine, Accompagnatrice en Montagne, apicultrice, conjointe et mère de famille, était notre collègue. Sa trop courte existence sera dévouée à une proximité avec le vivant et sa transmission. La noblesse de ses centres d‘intérêts représentent un prolongement du personnage. Son ultime combat nous rappelle notre fragilité, et son issue, déclenche au plus profond de nous, cette colère face aux injustices existentielles.

Voici le dernier message que je lui ai envoyé le 13 août, quelques jours avant son départ :
"Adiu montanhola, ta décision est à hauteur de ton courage. Tu as parlé de l’inévitable, et maintenant tu l’assumes. J’ai juste le regret de ne pas avoir pris le temps de t’avoir vu. On se retrouvera sur cette Montagne où s’achève notre ascension…"
Mon oraison funèbre, mon hommage à la belle personne qu’elle était, sera cette ligne d’escalade perdue dans l’océan forestier Baroussais…

Il est d’usage chez les montagnards de figer le nom et la mémoire d’un être remarquable dans le roc. C’est chose faite, désormais, chaque cordée engagée dans la voie, en perpétuera son souvenir.

La Barousse, sanctuaire écologique par excellence, est l’antithèse des vallées Pyrénéennes promises à un tourisme de masse. Pas de station de ski, de villes thermales, ou d’équipement sportif et culturel dédiés aux publics épris de liberté sous conditions, et de géographie montagnarde. Pourtant, ce territoire abrite un environnement d’exception pour la pratique des activités de pleine nature. Confidentiellement, on peut en Barousse, évidemment randonner, pratiquer l’escalade, la spéléologie, le ski de randonnée, mais aussi l’alpinisme, pardon, le Pyrénéisme…Immanquablement, le trail a fait irruption dans l’évènementiel local, prolongeant un mode de pensée sociétal, quelque peu incontournable.

De manière générale, la pratique montagnarde autochtone s’arrête, à la cueillette des champignons, la chasse et au pastoralisme. La vision de l’espace montagnard, et da culture, étant filtrée, par ce seul prisme.

Fidèle à ses convictions, le microcosme Pyrénéiste a su se saisir des trésors orographiques et ses opportunités, prodigués par la générosité de cette géomorphologie Baroussaise.

Le paysage vertical Baroussais historique, inclus les secteurs de Troubat, Thèbes, Cazarilh, Siradan, Ourde, La Gourdiole, le Mont Las, le val de Salabe et la Montagne d’Areng.

La vallée de Sost et son village semble être la fin d’un monde, qui en est le début d’un autre. Ici, ne triomphe que la ruralité et plus précisément, le pastoralisme.

Dans un anonymat et une discrétion propre à la communauté Pyrénéiste, Henri Fiocco, Jean Pierre Pujolle et Pascal Ravier, éminences de la communauté « quadrumanes » Pyrénéenne, ont ouvert une voie dans la face S du Mont Las, « Un Air de Printemps », en fin d’hivers 2026. Ils ont inauguré ainsi, une pratique de l’escalade en terre Sostoise.

Le Mailh de Garbies reste oublié des instances de l’IGN. Seul une partie de la population de Sost le désigne, et en connais l’emplacement. Blotti entre le ruisseau d’Amoulat et celui de Rieu Grand, cet affleurement rocheux providentiel, perdu dans la hétraie, étage ses ressauts superposés, depuis les prairies de la Mantalène. La production rocheuse est assurée par le métamorphisme de la prolifique faille N Pyrénéenne, qui accorde, depuis 250 millions d’années, ce patrimoine minéral datant du Trias. Conglomérat polygénique, quartzite et para gneiss en cohabitation subtile, sur lesquels, les modes de préhensions, entre fissuration et modelage improbable, offrent au grimpeur un caillou exceptionnel.

J’ai délibérément opté pour équiper la partie supérieure du Mailh de Garbies, débutant au chemin tracé, qui le fractionne en deux parties.

La voie développe ses 155 m d’escalade sur un empilement de 6 ressauts de différentes dimensions. Dièdres parfaits, fissures rectilignes et dalles, rythment la progression sur 6 longueurs. Une corde simple de 30 m, un jeu de 8 dégaines et de sangles, suffisent à protéger la cordée. L’itinéraire est équipé de goujons, mais un jeu de friends ou de coinceurs, pourront rassurer les plus émotifs…

L’orientation W associée à l’implantation dans la canopée Baroussaise, sont garantes d’une certaine « douceur », que seule procure, la densité forestière du lieu.

A ce titre, au vu du fort couvert végétal, et malgré mon nettoyage de première nécessité, j’invite la communauté des "quadrumanes" à ne pas omettre une brosse dans le fond de sac. Ils œuvreront ainsi pour le bien commun, et contribueront à assainir, à termes, ce superbe rocher, qui n’attendait que d’être nettoyé…

L’accès véhicule, fera traverser l’intégralité de Sost au-delà du Cap de la Lane, par le pont de la Mantalène sur l’Ourse. Se garer 100 m après celui-ci dans un dégagement sur la gauche de la piste (763 m). Après la première grange, prendre à gauche un chemin évident orienté plein E. Au bout de dix minutes, on remarque les premiers hêtres caractéristiques (cairn au creux des troncs) et un sentier sur la droite. S’engager sur celui-ci pour franchir le ruisseau d’Amoulat au niveau d’un arbre couché (cairns). Poursuivre derrière les racines de cet arbre au sol, par une sente, à courbe de niveau. Rapidement, apparait une aiguille rocheuse remarquable sur la droite. Le sentier change d’orientation. Une vingtaine de mètres sur la gauche apparait la première longueur (810 m). Compter environ, 15min depuis la piste (voir carte).

La première longueur remonte un pilier, imposant plusieurs passages en 5b, et s’achève dans une large fissure qui amène au relais (R1 sur goujons, 25 m). La suite débute dans un dièdre, 5b, transite par une dalle, 4a, et un dièdre plus court, 4c (R2 sur arbre, 25 m). La troisième longueur emprunte un dièdre parfait, 5a, et dépose au pied d’un dièdre déversant, quelque peu retord, 5c+ (R3 sur arbre, 20 m). Une courte transition oblige un franchissement de blocs et une partie horizontale vers la quatrième longueur. Celle-ci débute par une dalle verticale, exigeant quelques fins placements et bonne lecture, en ascendance oblique vers la gauche, 5b+. La ligne continue sur une dalle moins technique, 5b (R4 sur arbre, 20 m). Franchir le bloc au-dessus du relais et crapahuter, au choix des passages. Ici, une option est envisageable. Un bloc imposant et remarquable, offre un passage déversant des plus intéressant (6a, 1 goujon). On repère sur la gauche, un dièdre, 4b, suivi d’une fissure, 4b, qui feront office de cinquième longueur (R5 sur arbre, 20 m). La sixième et dernière longueur, aborde une cheminée dans laquelle la renfougne obligatoire, appelle à l’exercice de style, 4a. On aborde l’ultime passage par un dévers, 5b, aboutissant à la dalle terminale (R6 sur arbre, 25 m).

Pour conclure par une logique géographique, on peut gravir au-dessus du dernier relais, deux courts ressauts superposés, qui matérialisent le sommet du Mailh de Garbies (960 m).

La descente s’effectuera au plus proche du versant S de la structure rocheuse, par un cheminement balisé de ficelles de nylons. Des cairns facilitent l’accès au sentier d’approche, que l’on retrouve jusqu’à la piste (environ 25min).

Ami grimpeur, toi qui te désencordes sous la frondaison de cette hêtraie monumentale en haut du Mailh de Garbies, et range ton matériel dans ton sac, nourris-toi de cette nature inspirante qui t’entoure. Sa préciosité te rappelle aux fondamentaux de l’existence, ainsi qu’au liens indéfectibles, que tu as tissé avec celle-ci.
Par cette insignifiante prouesse spirituelle, simple démarche contemplative en soi, tu contribueras à perpétuer le souvenir d’Amandine, qui dorénavant, a retrouvé sa place au sein du vivant, qu’elle affectionnait tant…

Commentaires

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Borut 20 hours ago

@Penjarot

Bonjour !

Je me suis permis d’initier un document itinéraire (evtl. à compléter) et le point de passage correspondant.